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Pilote de Rafale…et de FPV Racing ! Interview découverte.


Les gars de l’armée de l’air, je les ai croisé deux fois. La première fois c’était au FPV air Show, ils volaient sur des Vortex 250 avec des leds modifiées aux couleurs de la France. La seconde fois, c’était sur le tournage du Drone Challenge Arena*. J’ai d’ailleurs pu constater qu’ils ont un niveau assez élevé, tant en vol à vue qu’en FPV. Mais ce qui est le plus remarquable chez eux, c’est leur sympathie. On a l’impression de les connaître depuis 20 ans alors que ça fait vingt minutes.
Je ne vous donnerai pas leurs noms, vous les découvrirez lors de la diffusion de l’émission* présentée par Alex Goude sur France4, en Mai 2018 à priori. Mais sachez que l’un d’eux pilote sur un avion de chasse ( Stéphane ! ). Ses deux compères travaillent dans le domaine des multirotors. Vous pensez bien que j’ai immédiatement pensé à interviewer ces messieurs, surtout quand j’ai appris qu’ils volent ensemble chaque semaine, en FPV bien sur. Il était impossible de ne pas parler du lien évident entre le pilotage d’un Racer et celui d’un avion de l’envergure du Rafale.

Pour les besoins de l’interview, nous allons donner un pseudo à Stéphane afin que son prénom reste secret. J’ai pensé à Curtis, les passionnés d’histoire de l’aviation comprendront. Quant à ses deux collègues, nous les retrouverons probablement dans un autre contexte.

Stéphane, tu pratiques le FPV Racing. Mais tu voles aussi sur un appareil plus rapide me semble t’il. Peux tu te présenter rapidement et nous décrire ton poste sans dévoiler de secret d ‘état ?

Bonjour FPV Passion. Je m’appelle Stéphane, je suis pilote de chasse au sein de l’armée de l’air et j’ai la chance de voler sur son fleuron : le Rafale. Actuellement, j’ai la fonction d’instructeur sur cet avion. Au quotidien, je participe à la formation des futurs pilotes de chasse qui seront amenés à voler sur cet appareil pour les missions que nous assurons sur le territoire national et en opérations extérieures.

Voler m’a toujours attiré. J’ai eu la chance de pouvoir pratiquer plusieurs types d’activités volantes. Et comme une suite à mon parcours aérien, je me suis lancé dans le vol en immersion !

Photo : Katsu Tokunaga. Spécialiste de la photographie aérienne

Ta machine de FPV, laquelle est ce ? Un Dquad, n’est ce pas ? Tu as aussi imprimé un vortex 150 dont tu as trouvé les plans sur Thingiverse.

J’ai été initié par Johann, un ami du teamde FPV Racing breton Exo7. J’ai commencé par un racer 250 Eachine, il y a 1 an et demi. J’ai eu ensuite un Vendetta de chez TBS, une super machine avec laquelle je vole toujours. Je me suis récemment monté un clone de Dquad Obsession, le GEPRC Leopard en 5 pouces. J’aime beaucoup cette frame et je la fais évoluer au gré de mes envies ( moteurs, carte…).

Comme tu le dis, j’ai découvert sur Thingiverse le Firefly qui est un clone de mini Vortex 150. Imprimé en XT CF20, un PETG Carbone de Colorfabb. C’est le premier quad de mon fils de 10 ans… Il volait jusque-là sur Liftoff et c’était sa frame préférée. Quelle surprise lorsque je lui ai offert, il était tout fou !

Mon deuxième commence lui aussi à accrocher… J’ai hâte de faire des courses en famille mais pas sur que Papa gagne longtemps 😉

Photo, K Tokunaga

Serais-tu capable de nous décrire les sensations aux commandes d ‘un Rafale ?

Pas facile à décrire avec des mots ! Puissance, sentiment d’être à bord d’un aéronef hors normes… C’est un avion tellement ergonomique que l’on a l’impression qu’il pourrait être le prolongement de notre corps. Le cockpit est petit et on fait corps avec une machine exceptionnelle, qui réagit à la moindre sollicitation.

Ton expérience de pilote t’a certainement aidé à appréhender le pilotage en FPV plus rapidement. Penses tu que l inverse s’appliquerait à un pilote de fpv racing ?

En effet. Piloter en FPV a une certaine similitude avec le pilotage d’un avion grandeur. Un pilote de FPV développe d’énormes capacités d’orientation dans l’espace, ce qui est un atout certain pour qui veut un jour devenir pilote de chasse. En course, le pilote de FPV doit montrer de la rigueur, de la précision et de bons réflexes. Là aussi, ces qualités sont essentielles pour piloter un Rafale. Bref, nous sommes dans des mondes qui sont très proches.

Les sensations visuelles de vitesse en FPV sont complètement comparables à ce que l’on ressent dans un chasseur lancé à 1000 km/h en basse altitude.

Tu m as dit que le FPV, c’était voler autrement. Voulais tu dire que cela se rapproche du vol réel ou que c’est vraiment trop différent ?

C’est bien cela, c’est une autre manière de voler. Comme je te le disais précédemment, on retrouve dans le FPV des sensations que l’on peut éprouver en vol. En revanche, il y a des choses que l’on se permet en FPV que l’on ne fera jamais en Rafale. Dans un avion de chasse, les risques pris sont toujours mesurés, les différentes règlementations nous empêchent de faire n’importe quoi. Et c’est bien normal ! En quadcopter, on vole plus bas que bas, on slalome entre les arbres, on réalise des figures plus impressionnantes les unes que les autres et c’est top ( g un ) !

Au regard de son coût le FPV est une activité qui peut être pratiquée par un public assez large. Et je trouve ça génial. Évidemment, il manque les sensations physiques. Faire un virage serré en drone fait prendre à la machine beaucoup d’accélérations. En Rafale, sur les manœuvres les plus serrées, nous encaissons jusqu’à 10G. Imaginez-vous bouger vos bras sous ce facteur de charge ! Mais comme je le dis toujours, tout le monde peut le supporter. C’est juste une question d’entrainement.

Il me semble que les avions de chasse modernes sont centrés arrière et impilotables sans l’aide d un ordinateur, je me trompe ?

Tu as raison, à la manière de nos quadcopters qui possèdent des cartes de contrôle, nos avions de chasse se pilotent au travers d’ordinateurs calculant en temps réel les actions à donner aux gouvernes. Et ce depuis les Mirages 2000. Maintenant, lorsque nous pilotons, nous demandons une trajectoire à l’ordinateur. Celui-ci élaborera des actions adaptées sur les gouvernes en fonction de l’altitude et de la vitesse. Du fait de l’instabilité innée de leur centrage arrière, nos chasseurs modernes sont très réactifs. L’ordinateur gomme l’instabilité aux yeux du pilote et ça permet des évolutions très serrées.

A propos de carte de vol, as tu réglé les PID de ton rafale toi même ? Quelle carte utilises tu sur ton avion de chasse ? Une yupiF4 ? Une Naze32 ?

Les PID de mon avion sont des PID stocks 😉 Et ils marchent très bien ! Malgré mon siège éjectable, pas question de risquer ma vie en testant des choses comme je peux me le permettre avec mes quads!

La carte de vol est d’une génération bien antérieure à celle de nos Naze32 mais elle marche très bien et surtout elle est très fiable. C’est ce qui compte le plus sur un avion comme celui-ci.

Plus sérieusement, on trouve pas mal de technologies identiques sur un avion de chasse et un racer. Accéléromètres, gyros… Nous avons des OSD, tu as un Affichage Tête Haute… Au fait, tu commandes ta visée avec un headtracker ?

Tu as raison, des accéléros, des centrales gyro-lasers, notre technologie est maintenant adaptée au grand public, en partie dans nos petites machines volantes. En fait, la technologie de headtracking est plutôt utilisée sur les casques avec viseur intégré ( Helmet Mounted Sight pour les connaisseurs ). Dans ces casques tu peux trouver un tas d’informations. Tu retrouves celles d’un affichage tête haute et tu peux aussi faire pointer les autodirecteurs de tes missiles grâce à des réticules.

Il a existé un avion de chasse dépourvu de mitraillette. Lors d’un conflit, les pilotes ennemis trop proches pour armer les missiles se sont trouvés bien déconfits. Avez vous remédié à ce problème ?

Là on parle d’avions qui ont volé durant la guerre du Vietnam, je crois. Je te rassure les missiles ont beaucoup évolué depuis les 40 dernières années mais un canon peut être utile dans certaines situations ! Il est donc toujours au goût du jour sur Rafale. On peut l’utiliser contre des cibles aériennes mais aussi contre des objectifs au sol.

J’ai entendu dire que tous les vendredi les gars de la base pratiquant le FPV organisent une course, allez vous créer la Team Armee de l ‘air ?

Depuis un peu plus d’un an nous avons eu l’autorisation de pratiquer notre activité sur la base aérienne. Bien sur, nous devons respecter un cadre très strict : on ne vole pas en quadcopter sur une base aérienne comme ça ! Nous avons des restrictions sur la hauteur de vol et un lien avec les forces qui sécurisent la base est nécessaire. Autant de règlementations qui doivent être respectées.

Mais chaque vendredi après-midi, lorsque la météo est au rendez-vous, nous sommes une poignée de passionnés ( pilotes, mécanos, moniteurs simulateurs… ) à planter des portes et des drapeaux. C’est dans la bonne humeur que nous réalisons des courses toujours prétextes à de franches rigolades. Au delà du plaisir, cette activité renforce encore plus la cohésion qui nous lie. Au sein de l’armée de l’air, même si le pilote de chasse est au bout de la chaîne et le plus en vue, chacun participe par son travail à la réalisation des missions. Un pilote ne sert à rien si il n’a pas un mécanicien pour préparer son avion ou un moniteur simulateur qui lui apprendra à le piloter.

La Team Armée de l’Air existe donc au quotidien. Mais une team FPV Armée de l’Air, on y pense.

Nous sommes en lien avec nos camarades du Centre d’Excellence Drone de Salon de Provence et il semblerait que nous ne sommes pas les seuls à pratiquer au sein des armées. Organiser un championnat militaire a même été évoqué !

As tu déjà piloté un drone ? Penses tu que les pilotes d’UAV possèdent les compétences pour embrasser la carrière militaire ?

Certains collègues ont piloté des drones de type Reaper mais moi même je n’ai pas eu à piloter des drones militaires. Je ne suis donc pas la meilleur personne pour répondre à ta question.

A l’Eurosatory ( salon de l’armement ), j’ai vu des systèmes FPV HD de folie embarqués sur des drones d’observation, As tu un tel système à bord de ton avion ?

A bord de mon avion j’ai des systèmes de liaison de données qui me permettent d’échanger des informations avec d’autres aéronefs en vol. J’ai aussi la possibilité d’utiliser des capteurs optiques pour scanner le sol.

Merci d’avoir pris le temps de répondre à ces questions, je vais de ce pas les transférer de ce pas à mes amis russes et coréens. En guise de remerciement, tu m invites au Dubaï Air show ?

Je ne suis pas la bonne personne pour cette invitation. En ce qui concerne le partage des informations avec tes amis, tu de doutes bien que tu ne tireras pas grand-chose de tout ce que je viens de te dire !

Je peux piloter ton rafale en FPV ? Tu es en Frsky ?

Je suis en MIDS, c’est le nom de ma liaison de données. Mais pas moyen de prendre le contrôle de mon avion à distance avec ! Dans un rafale, il faut encore un pilote à l’intérieur pour qu’il puisse décoller et se poser. Sinon mes quads sont en FrSky et je te les prêterai avec plaisir si l’occasion se présente. Mais seulement si on se fait une petite Race !

Si vous êtes pilote de FPV Racing, vous avez déjà de bonnes notions de pilotage. Pourquoi ne pas aller plus loin ?

Toutes les photos que vous voyez dans cet article ( ou presque ) sont de Katsuhiko Tokunaga. Voici une vidéo sur son histoire :


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