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La fin des Naze32 et des Chrome Apps ? L’évolution des processeurs et leurs conséquences sur nos machines.


Voici deux annonces importantes qui auront des impacts inévitables sur nos habitudes d’utilisateurs de cartes de vol et des configurateurs qui servent à les régler. Les cartes avec des processeurs F1 comme les Naze 32 et les CC3D ne seront plus prises en charge par Betaflight. Trop limitées en termes de mémoire et d’UART, les développeurs préfèrent se concentrer désormais sur les F3 et surtout les F4 plutôt que d’essayer d’adapter BF à un processeur F1 trop court en termes de ressources. Il faut effectivement savoir que chaque processeur est codé spécifiquement et que les configurateurs et principalement le code s’adaptent aux processeurs plutôt que l’inverse. Le jour où la communauté de codeurs en aura assez de supporter les cartes avec des F1, ces dernières ne seront plus utilisables ou plus actualisables (?) . La version 3.2 de BF sera la dernière à gérer les anciennes cartes :

Mais voici une autre info qui obligera les développeurs à réagir : Les Chrome Apps comme Betaflight sont amenées à disparaître un jour. D’ici peu ( seconde moitié de 2017, c’est à dire maintenant ) on ne trouvera plus de nouveautés, c’est certain. Les applications déjà existantes seront techniquement supportées durant une période donnée puis finiront par cesser, concurrencées par les applications web. Malgré la promesse de maintien de Google, le simple arrêt de nouveaux projets Chrome Apps est une condamnation à une fin plus ou moins proche de ces dernières. Il faudra donc trouver une autre façon de piloter nos cartes ou un autre support logiciel pour le faire. Rassurez-vous, il existe des solutions multiples.

Étant donné le nombre de cartes comme les Naze et les CC3D, des alternatives existeront forcément pour continuer de les piloter. Et si elles finissent par disparaître, c’est ainsi que va la vie dans le monde de la technologie… On ne perd pas vraiment au change en achetant une SP Racing F3.

Mais revenons sur l’arrêt du support des cartes F1 et profitons-en pour :

Comprendre l’influence des processeurs et de leurs performances sur nos machines

Au début, il y avait les Naze32 et les CC3D. Pauvres en mémoire, à peine un peu plus d’un UART à disposition, on ne pouvait même pas brancher l’USB et un module bluetooth en même temps. Ça volait tout de même très bien mais les 2 khz étaient envisageables au prix de la désactivation d’autres fonctions comme les accéléromètres ( plus de mode stabilisé ). Il me semble que le record absolu était de 2.6 khz. Aujourd’hui, les meilleures F4 proposent du 32 /32 kHz et les F7 laissent présager de futures intégrations et fonctionnalités.

Un firmware, c’est un programme qui nécessite de la place. Au fur et à mesure qu’il se développe, il lui faut davantage d’espace. Or, les F1 sont assez shorts de ce point de vue. En passant aux F3, le travail est devenu plus confortable pour les codeurs. Mais il fallait adapter le code aux nouvelles capacités des processeurs, sans quoi les F3 auraient été sous exploités.

L’exemple comparatif : les consoles de jeu

Lorsqu’une nouvelle console de jeu vidéo sort, les graphismes des jeux font un bon en avant. Entre la Playstation 3 et la PS4, on a constaté de grosses différences entre les rendus graphiques. Mais il faut comprendre que plus les développeurs travaillent sur une console ( sur le kit de développement ), plus il la maîtrise et sont capables d’en exploiter le meilleur. Entre les premiers jeux de la PS4 et les derniers qui sont sortis deux ou trois ans plus tard, une grosse optimisation avait été effectuée. Les graphismes étaient encore plus réussis alors que le matériel était toujours le même. C’est pareil avec les cartes de vol.

En gros, les devs ( c’est ainsi qu’on appelle les développeurs quand on est chébran ) s’adaptent au matériel et apprennent à en tirer le meilleur. Et rebelote lorsque du nouveau matériel qui offre de nouvelles possibilités sort. On apprend, on optimise et hop, un nouveau proc arrive et on recommence ( prononcez pross si vous voulez avoir la classe dans le milieu ). Au début des cartes, il a pourtant fallu faire avec :

Les moyens du bord

Il fallait parfois ajouter un inverseur de Sbus…

La Naze 32 a d’abord tourné sous Baseflight. Cleanflight est apparu et enfin Boris B et sa team ont proposé Betaflight, un fork de Cleanflight ( une déclinaison ). BF était comme son nom l’indique une tentative d’optimisation des cartes de vol. Seulement la base de travail était assez mince au niveau du hardware ( les composants physiques ). Un seul UART, peu de place pour le firmware et une partie hardware parfois externalisée. En effet, les Current Sensor et autres inverseurs de signal étaient souvent des composants qu’il fallait ajouter ( Inverseur de Sbus, capteur de courant, PDB… ).

Il fallait donc optimiser la partie logicielle pour la rendre plus efficace. En gros, il fallait faire avec ce qu’on avait.

L’arrivée des processeurs F3 a vite permis non seulement d’augmenter les performances globales des cartes mais aussi d’innover en matière de PWM et de rapidité du signal. L’augmentation du nombre de UART et la puissance de traitement se sont ajoutés à l’intégration des composants comme les inverseurs de Sbus et OSD. Le looptime s’est vu augmenté sans sacrifier trop au reste des performances et on a pu utiliser plus de fonctions avec plus de confort.

Il fallait cependant que les codeurs s’adaptent car l’empreinte encore présente du processeur F1 faisait que les premières F3 n’étaient pas pleinement exploitées. Heureusement, les ESC ont suivi le mouvement de l’évolution matérielle et une partie du soft a été confiée à des composants dédiés, le multishot arrivait à grand pas. Les F396 puis les BB2 ont permis le Dshot tandis que les premiers F4 arrivaient, que le code évoluait et nécessitait plus de puissance et de place.

Les F1 débordées

Déjà, il fallait se douter que BF n’entrerait bientôt plus dans une carte F1. C’était pourtant la période des mises à jour permanentes, tant et si bien que les gens ont commencé à s’y perdre . Boris et les autres codeurs ont ralenti la cadence pour se concentrer sur l’implémentation de nouvelles fonctions et sur l’optimisation. Et sur le futur support des nouvelles technologies arrivant sur le marché.

Bref, les F1 étaient condamnées et les processeurs permettant plus de UART ( donc plus de possibilités ) étaient au planning dans la catégorie top priorité. Voici un exemple de ce qu’on peut ajouter à chaque fois qu’une MAJ de BF sort, au final si on considère toutes les mises à jour ça fait beaucoup de choses intégrées peu à peu :

Des corrections et pas mal d’ajouts sur cette 3.2 RC3 de BF

Les F3, les F4 et ce qu’elles apportent, François de la Yupi Family explique :

Les filtres dynamiques

Ajouter des filtres lorsque c’est nécessaire pour mieux exploiter les gyros, ça consomme de la puissance de traitement. C’est donc mieux d’avoir un processeur qui tient la route. Mais les filtres dynamiques qui s’adaptent automatiquement au bruit, sont calculés à 100 %. Aucun composant ne vient analyser physiquement les vibrations et leurs fréquences pour expliquer au gyro qu’il faut les ignorer. Il s’agit d’un calcul pur et dur ( FFT ou Transformation de Fourier ).

Plus de fonctions : contrôle des VTX

L’ajout d’UART supplémentaires ( jusqu’à 6 sur une F4 ) est directement lié à l’ajout de nouvelles fonctions. Par exemple si on veut contrôler un Tramp HV via la carte de vol , il faut un UART dédié. si on veut que la carte propose le Smart audio TBS, il faut encore un autre UART. Une Naze 32 F1 aurait déjà été fatiguée ! Or, aujourdh’ui on s’apprête à contrôler les OSD des caméras.

Pas d’influence sur le prix

Un F1 ne coute que quelques euros de moins qu’un F4. Ce sont les composants additionnels qui agissent sur le tarif. Les OSD et autres capteurs qu’on ne voyait pas avant également.

F103CBT6 = 5,47€
F303CBT6 = 4,39€
F405RGT6 = 8,99€

Ce ne sont donc pas les processeurs qui représentent la majeure partie du prix mais plutôt :

La complexité des circuits augmente le coût du circuit imprimé et le coût du montage de la carte.

Nous explique François, développeur contributeur sur Betaflight. Et il sait de quoi il parle, avec son compère Thierry, ils a conçu une carte : la YupiF4. Mon troisième exemplaire est arrivé et il est sous la version 3.2 RC3 BF !

La montée en puissance des processeurs, les avantages

Pour résumer ce qu’on a vu ensemble, voici une liste d’arguments :

  • Davantage d’UART donc de possibilités. Avec les F1 on ne pouvait pas brancher la carte en USB sur le PC avec par exemple un module bluetooth connecté. Il fallait l’enlever pour accéder à la carte.
  • Des PID et un looptime plus élaborés ( avec les F4 notamment ). On peut lire les infos envoyées par le gyro plus rapidement. Cela se ressent sur le pilotage qui devient plus précis et plus ” locké “.
  • Plus de compatibilité avec le nouveau matériel. Si les ESC et les cartes étaient resté cantonnés aux composants de première génération, on aurait sans doute pas connu le Dshot. Cela joue donc sur l’évolutivité.
  • La règle des 30 % est aisément respectée avec un processeur plus puissant. Je vous rappelle qu‘au delà de 40 % de taux d’occupation des capacités du proc, la carte de vol ne s’arme pas.
  • Peu de conséquences sur le tarif

D’un autre côté, il faut du temps pour tirer pleinement parti d’un processeur. Acheter une carte avec un F7 aujourd’hui, c’est un peu prématuré. Le code est, selon toute logique, tourné vers les F4. Les premières F7 sont disponibles sur le marché malgré tout.

Le futur promis par les F7

STM32F722

L’avenir est déjà là puisque le Proshot est une des nouveautés de la version 3.2 de Betaflight. Ce nouveau protocole apportera t’il quelque chose ? Le super Sbus est également quasi prêt, on attend tout de même les récepteurs compatibles.

Le 32/32 kHz, pas mal de gens volent avec mais peut on vraiment sentir une différence ? À voir. Mais le 32/64 kHz, j’espère que personne n’aura l’idée de bosser dessus… J’ignore si c’est faisable qui plus est. Comme l’a suggéré François et en imaginant que c’est possible, on pourrait avec un F7 utiliser des composants plus petits pour l’OSD et l’intégrer complètement. C’est le genre de choses que permettra peut être le nouveau modèle de F7, plus petit mais soi disant aussi puissant que les grand frères : le STM32F722.

Au revoir les Naze 32, CC3D et autres Afromini

Ce sont des cartes quasi légendaires et qui ont fait voler nos premières machines. J’en ai encore un bon stock et ça me fait mal au cœur de savoir qu’un jour elles ne seront plus utilisables. Mais si pour un prix avoisinant je peux avoir une F3, alors c’est l’évolution naturelle du marché qui aura eu raison de cartes de vol inadaptées aux besoins de nos racers actuels ou des autres multirotors bardés de capteurs.

Les projets comme Inav sont basés sur un code approchant celui de Betaflight et la partie logicielle ne sera jamais obsolète car en constante évolution. En revanche, la disparition prochaine des Chrome Apps forcera la communauté à choisir un autre support pour les configurateurs, certainement basé sur les applications web. Quant aux processeurs, il n’y qu’un seul modèle plus performant que le F7 et il est bien trop puissant pour être pertinent sur une carte de vol de FPV Racing. Pour le moment en tout cas….


6 comments on “La fin des Naze32 et des Chrome Apps ? L’évolution des processeurs et leurs conséquences sur nos machines.

  1. Juste pour préciser une chose qui n’est pas tout à fait claire dans l’article : les cartes en F1 ne vont absolument pas devenir inutilisables. Il sera toujours parfaitement possible de continuer de les paramétrer et de voler avec. Elles vont juste cesser d’accueillir de nouvelles fonctionnalités.

    Je suis plutôt du genre à aimer tester les dernières nouveautés de betaflight. Ceci dit, les deux machines avec lesquelles je vole le plus souvent ont des F4 qui sont encore sous BF 3.01. J’adore le feeling aux manches, les trajectoires sont verrouillées : dans ce cas là, je ne vois pas vraiment l’intérêt de toucher quelque chose. Il n’est pas toujours utile de courir après la dernière nouveauté…

      • Pour la vente, probablement. Ceci dit, vu la différence de prix minime qu’il y a avec des F3 ou même des F4, franchement je ne sais pas si il y a beaucoup de monde qui en achète encore (enfin perso, je n’en vois vraiment pas l’intérêt).

        Pour des machines qui en seraient équipées, je ne vois par contre pas ce qui pourrait t’empêcher de continuer à les utiliser. Il n’y a pas de système d’autodestruction intégré !

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